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Le CV90 : le monstre militaire inspiré de la Formule 1 qui devance les chars américains

Char de combat camouflé en déplacement sur un terrain boueux avec deux chars en arrière-plan.
Dans cet article
  1. Un véhicule blindé européen qui ne se comporte pas comme un char
  2. Pourquoi la vitesse en tout-terrain est devenue si essentielle
  3. Les leçons de la Formule 1 appliquées à une machine de combat de 35 tonnes
  4. Une puissance de feu adaptée à la mission
  5. Un poste de combat numérique pour un champ de bataille en réseau
  6. Ce que signifie réellement la « suspension active » pour les soldats
  7. Les situations où l’agilité du CV90 change le combat
  8. Risques, compromis et prochaines étapes

Ce qui semble d’abord être un véhicule de combat d’infanterie classique dissimule un secret venu de la compétition : une suspension inspirée de la Formule 1, capable de lui permettre de foncer sur des terrains où les chars américains, bien plus lourds, doivent avancer au pas.

Un véhicule blindé européen qui ne se comporte pas comme un char

Au cœur de cette évolution discrète se trouve le CV90, une famille de véhicules de combat d’infanterie conçue en Suède par BAE Systems Hägglunds. Avec une masse d’environ 35 tonnes, il relève d’une autre catégorie que les chars de combat principaux, comme le M1 Abrams américain, tout en partageant fréquemment leurs missions sur les lignes de front les plus exposées.

Les améliorations récentes ont fait passer le CV90 du statut de robuste véhicule éprouvé à celui de l’un des engins de combat les plus agiles actuellement en service. L’évolution majeure réside dans une suspension active issue de technologies rendues célèbres par les monoplaces de F1 des années 1990. À la clé : des vitesses tout-terrain nettement supérieures, une meilleure précision de tir en mouvement et une fatigue moindre pour les équipages.

La suspension active de type F1 du CV90 augmente jusqu’à 40 % la vitesse en tout-terrain par rapport aux véhicules de combat chenillés traditionnels.

Pour les commandants qui doivent déplacer rapidement leurs soldats dans la boue, la neige ou sur un sol dévasté, cet écart de performances peut faire la différence entre atteindre l’objectif en premier et ne jamais l’atteindre.

Pourquoi la vitesse en tout-terrain est devenue si essentielle

La guerre terrestre moderne s’éloigne des lignes de tranchées fixes au profit d’un combat très mobile, guidé par les capteurs. Drones, satellites et radars terrestres font qu’immobiliser une unité trop longtemps revient à s’exposer au ciblage. Les forces doivent donc « tirer et se déplacer », se redéployer et se regrouper à un rythme soutenu.

Les chars de combat principaux lourds restent indispensables pour percer les défenses adverses, mais leur masse et leurs suspensions conventionnelles réduisent leur vitesse durable sur les terrains accidentés. Grâce à sa caisse plus légère et à son train de roulement évolué, le CV90 entend combler ce déficit de mobilité.

Les ingénieurs de BAE Systems ont conçu la suspension active afin que chaque station de roulement réagisse séparément au sol qu’elle rencontre. Des capteurs évaluent en permanence la vitesse, le tangage et le roulis du véhicule, puis modifient l’amortissement en temps réel pour maintenir la caisse aussi horizontale que possible.

En réduisant d’environ 40 % les mouvements verticaux, le CV90 permet à son équipage de combattre et de naviguer tandis que le véhicule franchit des terrains qui ralentiraient fortement les chars plus lourds.

Devancer les Abrams et les autres poids lourds occidentaux

Sur le papier, l’écart est saisissant. Les données militaires précises varient, et restent en partie classifiées, mais les estimations comparatives illustrent la position du CV90 lorsqu’il reçoit son système de type F1 :

Véhicule Vitesse tout-terrain estimée Masse Origine
CV90 (suspension active) 60–70 km/h 35 t Suède
Leopard 2A7 45–50 km/h 67,5 t Allemagne
M1A2 Abrams SEP v3 40–45 km/h 66,8 t États-Unis
Leclerc XLR 50–55 km/h 57,4 t France
Puma VCI 55–60 km/h 43 t Allemagne

Sur un terrain d’entraînement très accidenté ou dans une zone frontalière disputée, ces 15–20 km/h supplémentaires peuvent réduire le temps d’exposition aux tirs ennemis, accélérer les manœuvres de débordement et renforcer plus souplement les secteurs menacés.

Les leçons de la Formule 1 appliquées à une machine de combat de 35 tonnes

La suspension active n’est pas une nouveauté en soi. Les écuries de F1 l’ont expérimentée à la fin des années 1980 et au début des années 1990, en utilisant l’hydraulique et l’informatique pour garder les voitures à plat dans les virages et sur les vibreurs. Les régulateurs du sport automobile ont fini par interdire ces systèmes, considérés comme trop performants et trop difficiles à contrôler.

Transposer ce principe à un véhicule chenillé pose toutefois des difficultés particulières. Une voiture de course pèse moins d’une tonne et évolue sur un circuit prévisible. Le CV90 pèse plus de 30 fois davantage et doit affronter des cratères d’obus, des souches d’arbres, la glace et la boue profonde.

Les ingénieurs ont dû renforcer les composants, protéger les capteurs contre les chocs et les éclats, puis intégrer l’ensemble à la gestion énergétique du véhicule. En contrepartie, ils obtiennent une machine capable de traverser à vive allure des zones où les équipages auraient traditionnellement dû ralentir pour éviter les blessures ou la perte de contrôle.

L’objectif ne se limite pas au confort : plus la plateforme reste stable, plus il est facile de maintenir le canon sur sa cible à grande vitesse.

Une expérience du combat réel, pas un prototype de salon

La famille CV90 est loin d’être un programme expérimental. Des versions antérieures ont été engagées en Afghanistan et au Liberia, où les routes dégradées et le risque d’embuscade ont mis à rude épreuve les équipages comme les véhicules. Les enseignements de ces déploiements ont alimenté les améliorations ultérieures, notamment l’adoption du kit de suspension active.

Sept pays européens utilisent déjà le CV90 dans différentes versions, parmi lesquels la Norvège, la Finlande, le Danemark et les Pays-Bas. Plus de 1 300 exemplaires sont en service, ce qui en fait l’une des plateformes de véhicules de combat d’infanterie les plus répandues en Europe.

La configuration inspirée de la F1 est déployée dans le cadre de modernisations à mi-vie et de nouvelles commandes. Cela confirme qu’il s’agit d’une capacité produite en série, et non d’un démonstrateur unique présenté lors des salons de défense.

Une puissance de feu adaptée à la mission

Malgré l’accent mis sur sa mobilité, le CV90 demeure fortement armé. Selon les besoins du client, il peut recevoir différents systèmes d’armes :

  • Des canons automatiques de 25 mm à 35 mm de calibre
  • Des missiles antichars guidés installés sur les flancs de la tourelle
  • Des munitions à explosion aérienne et programmables, destinées à traiter les drones et l’infanterie dissimulée derrière un abri
  • Des tourelles téléopérées pour les mitrailleuses secondaires

Son architecture de conduite de tir repose sur une logique dite « chasseur-tueur ». Le chef de véhicule recherche les menaces à l’aide d’une optique panoramique, désigne une cible, puis le système oriente le canon principal afin que le tireur puisse engager presque instantanément.

Réduire le délai entre la détection et le tir est tout aussi précieux que l’ajout de blindage brut, en particulier dans les zones de combat urbaines ou boisées et encombrées.

Une protection qui ne se résume pas à l’épaisseur de l’acier

Sur les champs de bataille modernes, la survivabilité ne dépend plus seulement de l’épaisseur du blindage. Le CV90 associe plusieurs couches de protection, adaptables de manière modulaire :

  • Une protection NRBC optionnelle - nucléaire, radiologique, biologique et chimique - avec surpression dans le compartiment de l’équipage
  • Des kits de blindage supplémentaires sous la caisse et sur les flancs, destinés à résister aux mines et aux engins explosifs improvisés
  • Des panneaux de blindage à barreaux ou composite contre les roquettes antichars
  • Des systèmes de protection active qui détectent les projectiles arrivants et déclenchent automatiquement des contre-mesures

L’une des options les plus singulières est ADAPTIV, un système de camouflage thermique. Grâce à des tuiles dont la température peut varier, le véhicule peut se fondre dans l’environnement vu par les caméras infrarouges, voire reproduire la signature thermique d’une autre plateforme, comme un camion civil.

Un poste de combat numérique pour un champ de bataille en réseau

À bord, le CV90 évoque moins une boîte d’acier traditionnelle qu’un poste de commandement mobile. De grands écrans numériques, des caméras intégrées et des communications répondant aux normes de l’OTAN fournissent à l’équipage un flux constant d’informations.

Lorsqu’il est doté de systèmes tels que BattleView 360, le chef de véhicule dispose d’une image augmentée et recomposée de l’environnement extérieur, y compris de ce qui se trouve « à travers » le blindage. Cette capacité aide à limiter les angles morts dans les forêts denses, les villes et les vallées étroites.

Voir avant les autres, décider plus vite et se déplacer plus rapidement : voilà le trio d’avantages recherché par les concepteurs du CV90.

Pensé dès l’origine pour la connectivité numérique, le véhicule peut partager des données de ciblage avec des drones, des unités d’artillerie et l’infanterie proche, transformant sa mobilité brute en effet tactique concret.

Ce que signifie réellement la « suspension active » pour les soldats

L’expression peut paraître abstraite. Pour les équipages installés dans le CV90, elle se traduit par moins de chocs violents, une lecture des cartes facilitée et une meilleure concentration au cours des missions prolongées. Une fatigue physique réduite diminue également le risque de blessure et aide les soldats à rester efficaces après plusieurs heures de déplacement.

Sur le plan tactique, la suspension active autorise des mouvements latéraux plus rapides entre les positions de tir. Dans un scénario où un radar d’artillerie ennemi repère l’origine de chaque coup, pouvoir se décaler d’un ou deux kilomètres en quelques minutes peut préserver une unité.

Les situations où l’agilité du CV90 change le combat

Imaginons une colonne blindée mixte composée de chars Abrams construits aux États-Unis et de CV90, traversant une zone frontalière vallonnée. Si elle doit quitter les routes revêtues pour éviter une autoroute minée, les chars plus lourds peuvent être contraints de se limiter à 25–30 km/h afin de préserver leurs équipages. Les CV90 peuvent, au contraire, progresser sur le terrain défoncé, reconnaître les itinéraires, s’emparer de carrefours essentiels ou assurer la surveillance depuis les hauteurs.

Dans un autre cas, un groupement tactique défendant un village sous surveillance de drones doit se redéployer après chaque salve. Un véhicule capable d’accélérer vigoureusement à travers champs, de rester stable en virage et d’arriver de nouveau prêt à tirer réduit l’intervalle vulnérable durant lequel il peut être repéré puis frappé par l’artillerie à longue portée.

Ces petits gains de temps s’additionnent. Sur une journée complète de combat, les unités disposant d’une vitesse moyenne tout-terrain supérieure peuvent couvrir davantage de terrain, répondre à plus d’appels à l’aide et éviter les schémas exploitables par le renseignement adverse.

Risques, compromis et prochaines étapes

La mobilité de haute technologie présente aussi des inconvénients. La suspension active accroît les coûts et la complexité. Elle exige du personnel de maintenance formé aux capteurs, à l’hydraulique et aux logiciels de contrôle, et pas uniquement aux pièces mécaniques conventionnelles. En cas de manque de composants de rechange, un système hors service peut ramener le véhicule à des performances classiques, voire inférieures.

Une autre tentation est d’ordre tactique : lorsqu’un véhicule peut se déplacer vite, les commandants peuvent être incités à l’engager dans des manœuvres plus risquées. Sans planification rigoureuse, la vitesse devient une exposition accrue, surtout si l’appui de la défense aérienne ou de la guerre électronique est insuffisant.

Néanmoins, tandis que les armées européennes observent des conflits où mobilité et survivabilité sont continuellement mises à l’épreuve, l’intérêt pour des plateformes comme le CV90 progresse. L’idée d’un « monstre militaire » empruntant des astuces à la Formule 1 n’est plus un simple argument de titre. Elle devient l’une des références à laquelle sont discrètement comparés, sur les terrains les plus impitoyables, les modèles américains plus lents et plus lourds.

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Julien Morel

Ingénieur mécanicien spécialisé dans les systèmes hydrauliques et pneumatiques, Julien Morel accompagne depuis plus de quinze ans les industriels dans le choix, la maintenance et l’optimisation de leurs vérins. Passionné par les innovations liées à Techni Cylindre, il partage son expertise sur la conception, le dimensionnement et la fiabilité des solutions de mouvement linéaire.

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